mercredi 30 août 2017

Guyanes : des découvertes archéologiques peu connues

Guyanes : des découvertes archéologiques peu connues


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J'ai déjà eu l'occasion d'aborder les Guyanes américaines lors d'un article consacré surtout au Brésil, vaste pays entourant ces relatives petites régions au nord-est de l'Amérique Latine, mais sans pouvoir trop approfondir les questions et affirmations selon lesquelles des sites et ruines spectaculaires y avaient été découvertes dans le passé. La mise à disposition de certains éléments sur internet et des bibliothèques permettent d'avancer un peu sur cette région précise, tout en sachant que d'autres éléments encore "cachés" dans des anciennes publications papier et des musées doivent encore certainement exister. Voici donc un article très incomplet encore sur certaines découvertes, qui se verront, on peut l'espérer, être complétées dans le futur par d'autres données. En fait, un travail identique devrait être fait au niveau de tous ces pays-jungles et même les îles environnantes...


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Cette photo aérienne spectaculaire de terrasses de cultures très anciennes et surélevées artificiellement a été prise vers l'embouchure de la rivière du Mana, près de Piliwa et à l'ouest de la Guyane Française


Tout d'abord, situons les lieux, qui sont géographiquement appelées "l'île des guyanes", tout simplement parce qu'elles sont entièrement cernées par les eaux, de l'atlantique d'un large côté et des fleuves Amazone, Negro, l’Orénoque et le canal de Cassiquiare  :






Les fouilles archéologiques diffèrent selon ces différentes régions gérées parfois par des nations pauvres ou peu impliquées localement (le Brésil, le Venezuela, le Guyana, le Suriname et la France). Il existe des preuves (grottes et autres débris) de la présence de l'être humain au niveau des plaines centrales guyanaises aux alentours de - 10.000 ans avant le présent, mais les datations de sites de -40.000 ans au Brésil laissent supposer une présence bien plus ancienne. Ces populations paléolithiques sont probablement constituées de chasseurs-cueilleurs dont on ignore l'origine précise, mais les sites découverts consistent en des ateliers de taille où l’on trouve des vestiges de débitage : pointes de flèche, outils cassés durant la taille, éclats de débitage, nucléus et percuteurs. La dimension des pointes de projectiles en pierre laisse penser que les groupes paléolithiques chassaient de grands mammifères comme le cerf, mais aussi, peut-être, les mégathériums, qui sont des paresseux géants qui ont d'ailleurs disparu à la fin du paléolithique américain d'après les paléontologues.



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Squelette de paresseux géant (Amazonie, Chili, Argentine, - 10 000 ans)



La sédentarisation, la céramique et l'agriculture sont pour l'instant datées d'environ -7500 ans au Brésil dans les sites de Pedra Pintada et de Taperinha dans le bas Amazone. Les plus anciennes céramiques d’Amazonie y ont été découvertes. En ce qui concerne les Guyanes, peu fouillées encore de nos jours, les plus anciens villages connus datent de -4000 ans environ avant le présent, mais l'on sait que, par exemple, des communautés de pêcheurs et "cueilleurs" de coquillages sont regroupées dans l’embouchure de l’Amazone et sur le littoral occidental du Guyana dès -5700 ans. Entre cette période et -1400 ans avant le présent, les choses évoluent lentement question agriculture mais l'on sait que, par exemple, les berges des fleuves et la côte sont habitées par des populations qui contrôlent et transforment leur environnement (voir la photo en haut prise en Guyane française). On estime ainsi que plus d’un tiers des 90 000 km2 de la Guyane française aurait été défriché par la technique de l’agriculture sur brûlis. En Amazonie, au moins 12 % de la superficie de la forêt tropicale auraient été modifiés par les activités humaines précolombiennes.

Vers -1400 avant maintenant, sur le littoral occidental des Guyanes, apparaissent quatre cultures (Hertenrits, Kwatta, Barbakoeba et Thémire) de la tradition arauquinoïde issue du moyen Orénoque. À la même époque, à l’est, la Guyane française orientale et l’Amapá sont occupées par des groupes originaires des foyers du bas et du moyen Amazone. Puis, vers -1000, l’espace est colonisé par la culture Aristé, liée à la tradition polychrome du bas Amazone. Toutes ces cultures ne sont distinguées que par leurs traditions de poteries différentes et il ne reste plus à ces dates que deux grandes cultures, les arauquinoïdes à l'ouest et les Aristé à l'est. Puis, subitement et sans que l'on connaisse les raisons et origines de cette apparition et expansion, entre -1000 et -800 apparaît une culture totalement originale, connue sous le nom de Koriabo. Son origine demeure incertaine, le moyen Amazone ou le centre des Guyanes. Elle se manifeste sur les berges des principaux fleuves et se répand peu à peu vers le nord en descendant les cours d’eau. Beaucoup de sites koriabo sont implantés sur le même emplacement que des sites antérieurs de cultures différentes. La culture Koriabo est unique car elle représente le seul ensemble culturel véritablement guyanais, peut-être d’origine locale, qui n’est pas reconnu hors de cette région. En effet, il semble qu’elle surgisse simultanément dans l’ensemble des Guyanes, depuis l’Oyapock jusqu’à l’Orénoque, et du centre des Guyanes jusqu’à la côte. L’aspect vraiment remarquable de la culture Koriabo est son unité stylistique dans les formes et les décors céramiques, à travers cette immense régionCette culture unique disparaît totalement peu après l'arrivée des envahisseurs espagnols et portugais il y a 500-600 ans environ...




Urne funéraire et son couvercle (culture Aristé ancien), découverts en 1873 dans la nécropole d’Igarapé Tartarugalzinho en Amapa et remise au musée de l’Homme en 1881 par J. Crevaux (1878-1879)



Les premiers explorateurs de l'Amapa brésilien (Jesse de Forest, 1625) puis les archéologues du 19ème siècle nous feront savoir que la culture Aristé enterrait ses morts dans des urnes funéraires en céramique avec couvercle, très semblables à la civilisation des urnes connue en Europe et issue du néolithique, puis des puits funéraires artificiels. Toujours en Amapa est découvert au milieu du 20ème siècle un premier site de "menhirs" ou pierres levées. 






Betty J. Meggers en 1948 dans le site de pierres dressées d’Aurora (culture Aristé), en Amapa. (Photo Evans. Remerciments à B.J. Meggers)

A. C. Roosevelt (1991, 1995) organise des fouilles dans l’île de Marajó, puis près de Santarém, où elle découvre, à Pedra Pintada et à Taperinha, une très ancienne céramique, datée de 7600-7000 ans BP (1995). Très récemment (2006), ce sont de véritables sites mégalithiques de culture Aristé des environs de Calçoene qui ont été étudiés par J. D. de Moura Saldanha et M. Petry Cabral de l’Iepa (Instituto de Estudos e Pesquisas do Amapá) de Macapá. En 2006, une équipe d'archéologues brésiliens a découvert dans le bassin amazonien, près de la Guyane française, dans la région de Calçoene dans l'État d'Amapá, un observatoire astronomique datant de l’époque antique, remontant probablement à 2000 ans d'après l'étude du matériel céramique trouvé sur les lieux. Selon l’archéologue Mariana Petry Cabral, de l’Institut de recherche scientifique et technologique d’Amapá (IEPA), seule une société organisée aurait pu être en mesure d’ériger un tel monument. L’observatoire est constitué de 127 blocs de granite, chacun d’une hauteur de 3 à 4 mètres, disposés en cercles réguliers dont le plus grand fait 30 mètres de diamètre. Le site se situe dans une clairière de la forêt amazonienne. Leurs emplacements suggèrent un temple ou un observatoire solaire, avec des positionnements vers le solstice d’hiver. Le « Parc archéologique du Solstice » (« Parque arqueológico do Solstício ») se situe sur le territoire de la municipalité de Calçoene, dans le nord de l'État de l'Amapá. C'est dans ce lieu aménagé, ouvert au public, que l'on peut découvrir cet observatoire indigène. Les ressemblances avec la structure de Stonehenge, à Salisbury en Angleterre, ont étonné les chercheurs. Les Brésiliens l'ont surnommé le « Stonehenge de l'Amapá ». Les fouilles archéologiques ont mis au jour des vestiges indigènes (artefacts et poteries). À l'heure actuelle, les archéologues ne sont pas certains que cet ensemble mégalithique soit réellement un observatoire. Le lieu de Calçoene est connu de la communauté scientifique internationale depuis 1950.






Les Brésiliens l'ont surnommé le « Stonehenge de l'Amapá ». Les fouilles archéologiques ont mis au jour des vestiges indigènes (artefacts et poteries)



En ce qui concerne la Guyane française, en 1871, le naturaliste C. F. Hartt (1871) décrit, à partir de documents et de dessins anciens, le pétroglyphe de la Montagne d’Argent, qui fut l’objet de litiges frontaliers au xviiie siècle :






Pétroglyphes de la Montagne d’Argent, sur la côte orientale de la Guyane française. À gauche, le croquis de Charles F. Hartt (1871) et à droite, les relevés de 1996 par le Sra (Mazière et al. 1997).



En 1939, l’ethnographe P. Sangnier visite un site funéraire sur le haut Maroni, près du village wayana de Taponaïké. Il rapporte en France plusieurs tessons, mais meurt avant de terminer leur étude. Quelques années plus tard, au cours d’une chasse aux papillons, l’entomologiste E. Le Moult (1955) repère des pétroglyphes sur la rivière de Kourou, près de Pariacabo. Cette roche gravée, déjà signalée sur des documents anciens, est oubliée pour être re-découverte en 1992 (Mazière et al. 1997). Jusqu’à la fin de la première moitié du xxe siècle, des vestiges sont exhumés en Guyane, mais aucun chercheur ne les étudie vraiment. En 1948 et 1949, E. Aubert de la Rüe (1950) relève les ateliers de polissoirs de l’Oyapock et signale cinq sites archéologiques, ainsi que la découverte d’un mortier zoomorphe. Plus tard, E. Abonnenc (1952) publie un inventaire de cent vingt sites et lociarchéologiques de Guyane : en treize années de prospections archéologiques et de collecte de témoignages, il a répertorié quatre-vingt-quatorze roches à polissoirs, neuf découvertes de pièces lithiques (principalement des lames de hache), huit sites à céramiques, huit pétroglyphes, deux collines à fossé périphérique (appelées localement « montagnes couronnées ») et une pirogue enfouie. Lors d’une mission astro-géodésique Ign dans le haut Maroni, J. Hurault découvre des géoglyphes situés dans le massif du Mitaraka, ainsi qu’un rocher à pétroglyphes dans la crique Marouini (Hurault, Frenay et Raoux 1963). Les relevés précis et interprétations de ces vestiges marquent les premiers pas de l’archéologie guyanaise. Des fouilles sont réalisées à partir de 1968 par des scientifiques non archéologues (Boyé 1974a, b ; Lefèbvre 1974a, b, c, 1975 ; Turenne 1974, 1979 ; Groene 1976), puis par des amateurs (Roy 1978 ; Petitjean Roget 1978 ; Petitjean Roget et Roy 1976). Par exemple, le botaniste R. Oldeman (1970) découvre, dans la haute Yaroupi, un site d’habitat d’environ 100 m2 et le pédologue J.-F. Turenne (1974) récolte du matériel céramique et osseux à Pointe Gravier dans l’Île de Cayenne... Ensuite, tout un programme est lancé par l'archéologie française pour à la fois sauvegarder ce qui a été découvert, puis entreprendre de nouvelles recherches...



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Dessus : Assemblages de pierres du Massif du Mitakara (haut Litani). Les dalles de pierre disposées à même le sol dessinent des formes humaines de 2,30 m de hauteur.

 Dessous : Assemblages de pierres du Massif du Mitaraka représentant un Iézard d'environ 1,50 m de long.

(Photo J.J. de Granville - Guyane française).



Des pierres plates cassées formant des dessins à même le sol (géoglyphes) ont été repérées dans le massif du Mitaraka à 600 mètres d’altitude. Ces assemblages de pierres de 1,50 à 5 mètres de long représentent des hommes, des lézards, un serpent et une tortue. Les figures sont enfermées dans une enceinte ovoïde faite de pierres, de 200 mètres de diamètre environ. Des estimations de datations d'après la végétation et l'érosion des pierres faites par J. Hurault ne sont pas très fiables ni admises scientifiquement.



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La figure de gauche est désignée comme "le sorcier ou le danceur" (1m25), remarquez en bas à droite une main de 3 doigts, typique de nombreux pétroglyphes anciens... la figure de droite, très géométrique, serait désignée comme "le batracien" (99 cm). photos : D.R.T.



Le Surinam, ex Guyane hollandaise, n'est pas en reste question découverte pendant une bonne période des 19ème et 20ème siècles. Lors de ses nombreuses missions en forêt à partir de 1965, le forestier F. C. Bubberman découvre plus de deux cents sites archéologiques, notamment par l’analyse de la couverture végétale (Versteeg et Bubberman 1992). Il est le seul à avoir repéré les sites paléolithiques des savanes de Sipilawini dans le Sud du pays (voir photo ci-dessous). Trois cent vingt et un sites archéologiques sont reconnus au Suriname en 1974, principalement au Nord du pays.






Frans C. Bubberman étudie un pétroglyphe qu’il vient de découvrir dans les savanes de Sipaliwini, au sud du Suriname, en 1969



En 1972, le Stichting Surinaams Museum installe son musée dans le fort Zeelandia, au centre de Paramaribo. Un an plus tard, il recrute un archéologue professionnel, A. Boomert, dont le principal travail consiste en l’étude minutieuse des collections existantes et la fouille de quelques sites côtiers. Arrivé en 1975, son remplaçant A. H. Versteeg mène jusqu’en 1980 des fouilles à Kaurikreek (Versteeg 1978), qui fournit la plus ancienne céramique du pays (2190-1740 av. J.-C.), et dans la colline à fossé de Pondokreek (Versteeg 1981). Ses fouilles sur les sites et les tertres du littoral occidental font l’objet d’une thèse de doctorat (Versteeg 1985).

Durant cette époque, C. N. Dubelaar (1986a et b, 1991) réalise un inventaire complet des pétroglyphes du Suriname, mais également des Guyanes et des Antilles. Ces chercheurs continuent aujourd’hui de publier les résultats des travaux qu’ils ont menés dans ce pays. B. S. Mitrasingh, qui succède à A. H. Versteeg en 1980, organise quelques fouilles à Kwatta-Tingiholo (Khubadux, Maat et Versteeg 1991), puis l’activité archéologique s’arrête presque complètement au Suriname durant près de vingt ans. Après le coup d’État militaire et l’accession à l’indépendance de la colonie hollandaise en 1980, le fort Zeelandia est confisqué et les collections déplacées pour être abandonnées pendant deux décennies dans un hangar infesté de rats et de cafards...

D'autres découvertes significatives du même type ont été faites dans les autres contrées, et jusqu'au Guyana et Vénézuela. Vous pouvez les découvrir dans le lien ci-dessous, dans la source dont sont extraites les données ci-dessus et qui date de 2007https://nda.revues.org/149

Autres sources : "Archéologie" par Stephen Rostain et Yannick Le Roux (1990-SAGA) - Fond documentaire de l'ORSTOM de Cayenne - Guyane française

Cet article est dédié à l'ami Michel Ribardière, qui a vécu longtemps en Guyane française...











1 commentaire:

  1. Très intéressant. Merci. Je ne connaissais jusqu'à maintenant que les civilisations andines et, plus septentrionales, Maya, aztèques, etc.
    C. Jasmin, historien de l'art, franco-québécois.

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